États d’âmes

J'ai passé les 3 premiers jours de l'année seule et en ne parlant pratiquement à personne. Un espace avec lequel j'aurais été profondément inconfortable il n'y a pas si longtemps.


"Est-ce que ça t'arrive de ne rien faire ?" m'a demandé un ami,
- Oui, quand je suis seule. 

- C'est bien, alors fais ça plus souvent."


Alors pendant 3 jours, je n'ai rien fait. Je n'ai vu personne. Je me suis donné la permission de ne pas répondre aux messages dans un délai habituel. De ne pas ouvrir mes courriels. J'ai binge-watché Games of Thrones (les deux dernières saisons sont un gâchis total pour cette série pourtant incroyable). J'ai pris des bains. J'ai mangé du yogurt fancé. J'ai dormi quand ça me tentait. J'ai écouté de la musique. J'ai écrit. J'ai observé mon état interne.


Le 4e jour, il a fallu retrouver le chemin de la vie normale. Ou du moins, essayer.


Je sais toujours pas comment parler de mon état du moment.
J'ai écrit, j'ai posté, des mots, des poèmes - car c'est ce qui sort lorsque je suis dans le Void.

Quelque part entre le Solstice et le 1er janvier, ma personnalité a fissuré. L'année du serpent, on a dit, muer des peaux, relâcher. L'hiver est une période compost - c'est ce que je raconte en tous cas dans les rituels que je guide. 


Je peine à raconter les choses, les décisions que j'ai prises dans le dernier mois et demi, la manière dont mon système réagit à la vie, et comment tout résiste à revenir dans la boite d'avant. 


Je connais ce chemin pourtant, je l'ai déjà fait des centaines de fois (je les compte pas), expansion-contraction. Pouvoir-vulnérabilité. Pulsations nécessaires à l'équilibre. Je connais ce portail de changement d'année. 

Chaque. Fucking. Année.


J'ai pas faim. J'ai pas de désir. . Mes os sont lourds. Mon corps est quelque part entre présence profonde, hypersensibilité et dissociation. Je ne sais plus trop comment interfacer avec le monde.

Je ne vais ni mal ni bien. J'écoute. J'attends.


Lors d'une cérémonie de médecine pour la transition du Nouvel An, j'ai réalisé que j'étais épuisée de faire. J'ai touché à l'épuisement de mon système qui sur-compense constamment mon hypersensibilité et ma neurodivergence pour rester en lien. 


Je sais que d'autres vivent ces états constamment - c'est quoi, 3 jours sans voir personne pour certain.e.s. Combien s'isolent pour se réguler. Combien se sentent en marge du mode de fonctionnement "normal".

Je sais que je suis une hyper performante. Je m'ennuie vite.

Le "faire" m'a sorti de mon anxiété, du trauma, de périodes sombres. Mon intelligence compense mon hypersensibilité. Mon mécanisme d'adaptation fonctionne - d'habitude.

J'ai peur de juste "être". J'ai peur de perdre ce que j'ai construit. J'ai peur qu'on ne m'aime plus si je ne fais rien, si j'arrête de prendre soin, si je n'offre rien de "concret" à la société.


J'écris pour déconstruire l'idée que je dois produire quelque chose d'utile pour mériter l'amour et l'attention.

J'écris pour tenter de donner du sens à mon état d'âme.

J'écris pour exprimer mon âme, justement. Mon âme coincée dans toutes les règles absurdes que ma personnalité a décidé d'adopter pour appartenir. 

What I create for others, I need it for myself.

A space to be, 

A space to belong.

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Musings from the Void #1